These sur la Philosophie .
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Qu'est-ce que la philosophie ? page modifée le 23/09/2003 |
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Plan I- LA NAISSANCE DE LA PHILOSOPHIE DANS LA GRECE ANTIQUE : LE DIALOGUE SOCRATIQUE. A- Socrate ou l'invention du concept 1) Qu'est-ce que la beauté ? 2) Le dialogue socratique : la philosophie comme réflexion critique.
3) Point historique : pourquoi a-t-on assassiné Socrate ?
Conclusion : la philosophie comme réflexion critique B- Le contexte de son émergence : Athènes au Ve siècle avant JC. Documents : textes de J.P. Vernant, sur le lien entre l'émergence de la polis et l'émergence de la philosophie dans la cité grecque II- LA PERIODE HELLENISTIQUE : LA PHILOSOPHIE COMME ART DE VIVRE. A- Introduction : le contexte historique. B- Un exemple : le stoïcisme : le Manuel d'Epictète. C- La philosophie antique n'est donc pas une affaire de spécialistes et de professionnels B- La philosophie comme métaphysique : historique (Aristote) C- La métaphysique, discours dépourvu de sens ? (Carnap)
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Problème : le terme de "philosophie" est un terme ambigu, si bien qu'on l'emploie souvent sans trop savoir ce qu'il signifie exactement. On va donc essayer de clarifier les divers sens de ce terme, qui se ramènera à en faire l'historique. On peut dire qu'il y a trois emplois du terme de " philosophie ", et que ces trois emplois permettent de diviser les philosophes en trois groupes.
Nous cherchons ce qui peut bien être commun à ces types de discours ou plus généralement d'activité. Ce qui présuppose, bien entendu, qu'il y a des ou un point commun à ceux-ci, sans quoi, nous n'aurions aucune raison de les appeler tous " philosophie ". Or, comme par hasard (!), la philosophie semble être essentiellement liée, comme nous allons le voir avec le personnage de Socrate, à ce présupposé. Il définirait même la philosophie, qui est liée à l'invention du concept/ définition.
I- LA NAISSANCE DE LA PHILOSOPHIE DANS LA GRECE ANTIQUE : LE DIALOGUE SOCRATIQUE. Ainsi, tournons-nous vers l'inauguration du discours philosophique, dans l'Athènes du Ve av. J.C. Celui avec qui nous allons parler, ou plutôt, dialoguer, c'est Socrate. A- Socrate ou l'invention du concept Historique rapide : Socrate est né en 470 av. JC et mort en 399 (condamné par sa cité à boire la ciguë, sous prétexte qu'il porte atteinte aux fondements de la cité, qu'il est corrupteur de la jeunesse, etc.). Fils d'une sage-femme et d'un sculpteur de pierres. Particularité : il n'a rien écrit (ne pas oublier que la Grèce est avant tout une civilisation de la parole). Les interprètes ont coutume de parler à ce propos du "problème de Socrate" : Socrate, en effet, ne nous est connu que par l'intermédiaire de ceux qui nous ont parlé de lui. Parmi eux, c'est avant tout à travers les écrits de Platon que nous connaissons Socrate, puisque Platon, surtout dans ses dialogues de jeunesse, s'est fait son porte-parole. 1) Qu'est-ce que la beauté ?
Socrate posait donc sans arrêt la question " qu'est-ce que ". Exemple : qu'est-ce que la beauté? La bonne manière de répondre à la question " qu'est-ce que ", ne consiste pas à donner des exemples (dans le cas de la beauté, on ne répond pas à la question qu'est-ce que la beauté en répondant : une belle fille, une belle marmite, une œuvre d'art, etc.). Mais elle consiste à dire ce qu'est en soi, partout et toujours, la beauté, ce qui peut s'appliquer à tous les exemples. C'est une définition, un concept
Or, dans une inférence inductive, la vérité des prémisses ne garantit pas la vérité de la conclusion Exemple : la dinde inductiviste de Russell Dès le matin de son arrivée dans la ferme pour dindes, une dinde s'aperçut qu'on la nourrissait à 9h00 du matin. Toutefois, en bonne inductiviste, elle ne s'empressa pas d'en conclure quoi que ce soit. Elle attendit donc d'avoir observé de nombreuses fois qu'elle était nourrie à 9h00 du matin, et elle recueillit ces observations dans des circonstances fort différentes, les mercredis et jeudis, les jours chauds et les jours froids, les jours de pluie et les jours sans pluie. Chaque jour, elle ajoutait un nouvel énoncé d'observation à sa liste. Elle recourut donc à un raisonnement inductif pour conclure : " je suis toujours nourrie à 9h00 du matin ". Or, cette conclusion se révéla fausse quand, un jour de noël, à la même heure, on lui tordit le cou. Leçon de l'histoire : le raisonnement inductif se caractérise donc par le fait que toutes les prémisses peuvent être vraies et pourtant mener à une conclusion fausse. Si à tel moment la dinde a constaté qu'elle a été nourrie, il se peut toujours que le moment d'après, elle ne le soit pas. L'induction est un raisonnement non fondé logiquement.
Le discours philosophique inauguré par Socrate l'est donc, non par un contenu déterminé, mais avant tout par sa forme. Ce n'est pas un enseignement d'une vérité établie et à transmettre, mais d'un dialogue qui renvoie chacun à sa vérité et à son non-savoir. Le discours philosophique est alors interrogation.
Cette interrogation socratique se déroule sous le double mode de l'ironie et de la maïeutique.
Air candide avec lequel Socrate enquête. C'est une sorte d'humour qui refuse de prendre totalement au sérieux aussi bien les autres que soi-même, parce que tout ce qui est humain est chose bien peu assurée, et dont on ne peut s'enorgueillir. C'est une attitude qui consiste donc à feindre de vouloir apprendre quelque chose de son interlocuteur, pour l'amener à découvrir qu'il ne connaît rien dans le domaine où il prétend être savant. Pour bien comprendre ce procédé, point historique :
Socrate ne cesse de répéter qu'il a reçu une mission divine, celle d'éduquer ses contemporains :
Il dit que son enquête est née de la déclaration de la Pythie, selon laquelle il serait le plus sage. En effet, il a voulu vérifier cette déclaration. Il va donc interroger les autres, et, plus précisément, ceux que la cité considère comme les plus sages (les spécialistes).
Or, il s'aperçoit que ceux-ci n'ont aucune conscience de ce qu'ils font et même, ne savent pas ce qu'ils disent : il estimera que sa supériorité réside justement dans son ignorance, dans une sorte de non-savoir, qui est d'être conscient de son ignorance. Les "spécialistes" savent, certes, faire quelque chose, mais ils ne savent pas ce qu'ils font. Exemple : le politique, le juge, le prêtre, ne savent pas justifier la valeur de leurs conduites- et, pour aggraver leur cas, ils n'ont même pas conscience de cette ignorance. Ce qui signifie que les plus savants des hommes ignorent l'essentiel. Cf.le cas d'Alcibiade
C'est ainsi qu'il va chercher à rendre les citoyens meilleurs, en les invitant à se détourner de l'inessentiel, des fausses valeurs, en leur faisant réfléchir sur celles-ci (cf. questions comme : qu'est-ce que la justice? qu'est-ce que la vertu? etc.). Il invite tout un chacun à se connaître soi-même. S'il faut se connaître soi-même, c'est parce que nous ne nous soucions plus de ce que nous sommes, mais seulement de l'extériorité.
Précision : ce n'est pas un appel à l'introspection individuelle, mais une exhortation à la rationalité morale. C'est ce qu'on a appelé l'éveil de la conscience morale. Sa signification est tout simplement que chacun doit savoir ce qu'il fait, et pourquoi il le fait. Il s'agit de nous faire prendre conscience des présupposés de ce que nous disons, et que nous ignorons, mais que nous sommes tous capables de trouver, par un retour critique, par nous-mêmes.
Définition de la maïeutique : art d'accoucher les esprits. Métaphore : son procédé à l'égard des esprits est semblable à celui des sages-femmes à l'égard des corps. Il s'agit, quand une âme est pleine de toutes sortes d'opinions, d'éprouver si la pensée donne naissance à du faux ou à du vrai. Ce n'est pas lui qui conçoit le savoir, mais, l'âme de son interlocuteur. Celui-ci, grâce à la maïeutique, va pouvoir opérer la distinction entre les opinions vraies et les opinions fausses. Exemple : le Lachès Lachès est un vieux général, bien connu des athéniens, qui s'est illustré dans des batailles célèbres. Le dialogue commence par la demande de deux pères de famille qui viennent interroger Lachès et Nicias (stratège lui aussi, mais plus jeune). Les deux pères de famille les interrogent donc pour savoir s'il faut faire donner des leçons d'art militaire et d'escrime à leurs enfants. Ils ont demandé à Socrate de se joindre à eux pour tenter de répondre à cette question. Les deux spécialistes, Lachès et Nicias, interviennent : - pour Lachès, les leçons sont inutiles : l'art militaire s'apprend sur le terrain - pour Nicias, les leçons sont indispensables : lui-même s'est trouvé très bien de celles qu'il a reçues. Comme il y a une voix pour et une voix contre, et que ces pères de famille sont habitués à la démocratie, ils se tournent vers une troisième personne, Socrate, pour les départager. Pour qui va-t-il voter? Socrate répond qu'il est désolé, mais qu'il ne procède pas ainsi. Il ne peut pas répondre à la question posée, car il ne ferait que donner un avis subjectif qui n'a aucune importance. Il a besoin de Lachès et Nicias et il leur demande la permission de les interroger : pourquoi as-tu dit ceci? pourquoi as-tu pris tel exemple? pourquoi, à tel moment, as-tu changé de ton? Il mène une enquête très subtile et, au bout d'un certain temps, il apparaît pour tous les interlocuteurs que Lachès et Nicias ne savaient pas ce qu'ils disaient, qu'ils parlaient par pur mécanisme, qu'ils ont fabriqué leur argumentation à partir d'une idée préconçue, mais qu'elle n'est pas probante. Les deux pères de famille se retournent alors vers Socrate, et lui demandent ce qu'il faut faire. C'est là qu'il prend le chemin de l'invention de la philosophie. Il dit que la question de savoir s'il faut faire donner des leçons d'art militaire à des enfants n'est pas une bonne question. Il faut d'abord savoir à quoi cela sert. Que veut-on? Que nos enfants soient capables de se défendre sur le terrain, de vaincre l'ennemi, d'honorer notre nom en se battant comme il faut, et de rester en vie. Donc : l'art militaire a pour fin l'acquisition de la vertu militaire. Dès lors, il faut, si on ne veut pas répondre à côté du problème, savoir ce qu'est la vertu militaire. Socrate va donc interroger les deux militaires afin de savoir ce qu'est la vertu militaire. Or, aucun des deux généraux n'est capable de répondre à cette question. Socrate n'a aucun mal, devant les démonstrations données, à montrer que ce qu'ils disent n'a pas de sens et ne résiste pas à l'argumentation. Mais, Socrate ne tranche pas : le dialogue se termine sans réponse. Si Socrate a dit, certes, que pour répondre à la question posée, il fallait savoir ce qu'est la vertu militaire, il n'a jamais dit que lui le savait. (se rappeler que sa devise est que "ce que je sais, c'est que je ne sais rien" : on retrouve bien ici sa découverte essentielle, qui est que nul ne sait rien de ce qu'il croit savoir). L'argumentation Le procédé de Socrate est le suivant : 1) recherche d'une définition 2) un interlocuteur sûr de lui donne aussitôt une définition 3) Socrate s'émerveille, accepte la définition de l'interlocuteur qui s'engorge, et en tire, avec son consentement, des déductions de plus en plus précises 4) l'interlocuteur ne cesse de suivre Socrate et d'approuver, fort satisfait de voir que sa définition était encore plus profonde et riche qu'il ne l'avait cru lui-même 5) Socrate s'arrête soudain et montre que le point d'arrivée est en contradiction formelle avec le point de départ 6) si l'interlocuteur est de bonne foi, il en conclut que la définition ne valait rien et qu'il faut en proposer une autre ; Socrate reprend alors la discussion et passe au crible les définitions successives qu'on lui propose. Souvent, le dialogue ne conclut pas et Socrate quitte son interlocuteur décontenancé, en lui disant qu'une autre fois peut-être, ils pourront examiner à nouveau le problème. (cf. l'aporie : les dialogues mènent à une impasse). 7) mais il se peut faire que l'interlocuteur soit de mauvaise foi, et qu'il refuse alors de participer à l'entretien (exemple : Dans le Gorgias, Calliclès, pris au piège, refuse de se prêter au jeu de Socrate parce qu'il a été battu). Le dialogue socratique sert donc à amener les autres au même point de conscience critique que lui.
C'est qu'il est apparu comme semeur de troubles. Pressant les hommes de ses questions, il n'a eu de cesse que de troubler leur conscience pour les convertir à la recherche des vraies valeurs. (Faisant parler les autres sur ce qu'ils disent, il les fait par là réfléchir sur ce qu'ils font). Il répète à qui veut l'entendre qu'il ne sait rien, qu'il n'a rien à enseigner, ni personne à former -qu'il n'a rien à offrir que sa fréquentation. Que chacun n'a qu'à penser par lui-même pour s'apercevoir qu'il en sait plus que lui. Problème : il gênait ses concitoyens. Il était comparé soit à une torpille, soit à un taon.
Tout comme la torpille paralyse (engourdit) sa proie, de même, Socrate paralyse l'interlocuteur sûr de lui-même et qui ne voit pas que son savoir est un pseudo-savoir, une ignorance qui s'ignore.
Socrate est aussi le taon qui réveille et interdit la torpeur paresseuse à ceux qui se contentent de solutions toutes faites là où se posent des problèmes. Cf. Apologie, 30e sq.
En 399, Socrate fut en effet condamné à boire la ciguë, suite à l'accusation portée contre lui par Mélétos (poète), Anytos (riche commerçant) et Lycon. Cela peut paraître étrange, surtout si on considère que Socrate était un citoyen exemplaire (cf. Banquet, 219e et 220c; Apologie de Socrate, 32c; 38e sq.). Il a toujours défendu sa patrie lorsqu'elle était en danger, et, même après son procès, il fut un honnête citoyen, lui qui refusa de s'enfuir pour ne pas contrevenir aux lois de sa patrie. C'est tout simplement que le procès de Socrate fut un procès intellectuel, dû au fait qu'à l'époque, on cherche à redonner à Athènes ses assises traditionnelles. Socrate, qui harcelait les athéniens comme un taon, les empêchait de dormir et de se reposer dans des solutions morales ou sociales toutes faites; il est celui qui, en nous étonnant, nous interdit de penser selon les habitudes acquises. Son entreprise, toute entière dirigée contre le confort intellectuel, est donc la cause même de son procès. Il est apparu coupable de crime de non conformisme, et même de lèse-majesté (critique des évidences, et de l'autorité). Il était vu comme un danger pour l'ordre social, qui corrompt la jeunesse. Ainsi a-t-on pu dire que le procès de Socrate, c'est le procès fait à la pensée qui recherche, en dehors de la médiocrité quotidienne, les problèmes véritables.
Conclusion : la philosophie comme réflexion critique C'est donc de son enseignement et de sa mort exemplaire que va naître la philosophie (avec Platon, qui va se faire l'administrateur du message socratique, pour que la cité change et que des hommes comme Socrate puissent rester en vie - cf. lettre VII). La philosophie est une activité avant tout questionnante, qui s'adresse à chacun d'entre nous et n'a rien à voir avec un quelconque savoir positif. On peut dire qu'elle n'a pas de contenu propre. Comme nous l'avons bien vu avec Socrate, elle est avant tout réflexion critique sur ce que nous savons déjà (ou même sur ce que nous croyons spontanément savoir), donc perpétuelle remise en cause. Elle se définit comme une tentative pour comprendre les principes généraux et les idées qui se cachent derrière les divers aspects de la vie. On peut ainsi la diviser en autant de domaines qu'il y en a dans la vie : il y a une philosophie de la religion, de l'art, du droit, des affaires même, etc. Aujourd'hui, elle s'intéresse plus particulièrement à la personne, l'éthique, l'intelligence artificielle. Exemple : la philosophie politique : a) elle pose des questions au sujet de la justice et de l'égalité, au sujet de savoir comment un Etat devrait être organisé, et au sujet de savoir ce que signifient des idées telles que la démocratie; b) elle utilise souvent les mêmes termes que ceux qu'on emploie dans les débats politiques quotidiens, mais elle les examine, afin d'aller plus loin que le sens commun dans la signification exacte des termes, et de comprendre quel est le but de l'entreprise politique. Elle se demande donc : que voulons-nous dire par ces mots? Comment pouvons-nous savoir si c'est vrai? Quelles sont ses implications? A travers cet exemple, on voit bien que la philosophie a pour but en général la clarification (que ce soit celle des pensées, des concepts, et du sens du langage). Philosopher, c'est penser clairement et de façon précise. La majeure partie de la philosophie est donc concernée essentiellement par le langage. D'ailleurs, certains philosophes considèrent leur tâche comme essentiellement linguistique (ce sont les philosophes analytiques, mouvement anglo-saxon né au début du XXe siècle, avec Wittgenstein et Russell). Pour bien comprendre ce que fait la philo, on doit distinguer deux sortes de langages :
Ces exemples nous montrent bien que le langage de second ordre (celui qu'emploie la philosophie) clarifie le langage de premier ordre, qu'elle prend pour objet. Par là, il clarifie aussi ce qui se cache derrière le langage. Si la philo n'est peut-être pas capable, comme on l'a vu avec Socrate, de vous dire si quelque chose est vrai ou faux, elle clarifie les fondements de ce que vous dites, croyez, faites ("est-ce juste de faire cela?"). Exercice en classe : différence entre le spécialiste x et le philosophe :
Elle intéresse donc tout homme en tant qu'homme, et accompagne souvent la recherche scientifique. Einstein, par exemple, a beaucoup lu les grands philosophes (Platon, Kant, etc.) et médité de façon philosophique. Si la démarche philosophique accompagne la science, alors cela peut permettre de ne pas faire n'importe quoi (car si la science invente de nouvelles techniques et fait telles sortes de recherche, c'est bien le philosophe, ou le scientifique en tant que philosophe, qui se demandera si c'est bien, etc.)
B- Le contexte de son émergence : Athènes au Ve siècle avant JC. Documents : textes de J.P. Vernant, sur le lien entre l'émergence de la polis et l'émergence de la philosophie dans la cité grecque
Définitions préalables :
Elle fut à l'origine de grands changements dans tous les domaines de la vie : Après guerres = création de nouvelles constitutions = critique de la tradition (à savoir, de l'ancienne forme d'organisation politique - caractéristiques de cette dernière : décisions prises par des aristocrates, dans le secret ; éducation morale et militaire ; pas de place à la parole, si ce n'est à travers la récitation des poèmes traditionnels portant sur les origines mystérieuses de la ville) = apparition d'une nouvelle forme d'organisation politique, la démocratie - caractéristiques : les décisions sont prises par l'ensemble de la collectivité, et en public ; d'où la grande place accordée à la parole car il faut savoir parler et convaincre une assemblée, influencer les décisions ... = influence sur manière de penser ; premiers écrits " philosophiques " (abandon du mythe comme mode d'explication et de compréhension du monde, de la société) (Ecole de Milet) = apparition de la rhétorique (sophistes) = le dialogue socratique (Platon) (critique de la société décadente ; de la tradition)
On peut dire qu'elle désigne les premiers " philosophes ", ceux qui sont en tout cas à l'origine de cette manière de penser originale qu'est la philosophie -dont il s'agit ici de savoir ce qui, historiquement, a pu permettre son émergence. Le premier de ces philosophes était Thalès. Il y eut aussi Anaximandre, Anaximène. La caractéristique de leurs écrits ou de leur pensée : s'interrogeaient sur l'origine du monde, sur sa composition. Voulaient comprendre et expliquer aux autres les changements perpétuels qu'ils avaient sous les yeux. On les appelle les " philosophes de la nature ", du fait qu'ils s'attachent essentiellement à la nature et aux phénomènes naturels. Pour eux, il existe une substance unique à l'origine du monde, mais chacun en admet une différente. Thalès pensait que c'était l'eau, Anaximandre, l'infini, Anaximène, l'air. Exemples : -Thalès (VIe av. JC) : il a compris, le premier, que la question philosophique originelle est celle de l' " archè " (question de l'origine de toutes choses). Si Thalès est le premier philosophe, c'est parce qu'il a dit que " l'origine de tout est eau ". Ce qui compte, ce n'est pas le résultat, mais la manière de procéder. Il s'agit de la pensée rationnelle. C'est pour ça que le texte lie école de Milet et " raison grecque ". en effet, ce qui est original à l'époque, c'est l'abandon du mythe pour expliquer la nature (raison s'oppose donc avant tout, ici, à mythe, manière d'expliquer les phénomènes naturels en recourant à des personnages, à des dieux). La philosophie c'est avant tout la raison parce qu'elle s'oppose à la religion et au mythe. (Lien avec autre aspect : la philosophie s'oppose à la tradition). Aspect de la société avant les philosophes : tradition, mythe, religion Il est essentiel d'évoquer Parménide, qui est à proprement parler le premier à écrire un texte dans lequel transparaissent les exigences de la pensée (philosophique). en effet, dans son Poème, il met en scène une Déesse qui lui/nous révèle la voie du Vrai ; et surtout, qui nous apprend que la Vérité exige d'être démontrée et mise à l'épreuve de la réfutation. On lui attribue la première formulation du principe de contradiction.
II- LA PERIODE HELLENISTIQUE : LA PHILOSOPHIE COMME ART DE VIVRE
A- Introduction : le contexte historique. Alexandre de Macédoine (le Grand) conquiert la Grèce, va aux portes de l'Inde, et meurt en 323 avant JC. L'immense empire qu'il a fondé se morcelle, et ses successeurs vont se partager le monde grec. De nouvelles capitales de la culture se créent, telle Alexandrie en Egypte; Rome va bientôt faire son entrée sur la scène de l'histoire. Cette époque, pendant laquelle la culture grecque, grâce à la fondation de l'empire d'Alexandre, s'étend dans les pays méditerranéens, est la période hellénistique. Les grandes cités grecques se perdent alors dans des guerres. Les successeurs d'Alexandre se battent. L'ancienne petite cité grecque agonise, remplacée bientôt par les grands états centralisés, où l'individu se sent égaré. Dans cette débâcle, l'homme reste seul : quel parti prendre? comment choisir sa vie? Le temps est un des plus sombres qu'ait connu le monde antique, et l'individu ne peut plus alors trouver dans la Cité la réponse à ses maux. Etranger à lui-même dans un Etat lointain et abstrait, replié sur lui-même, il demande à la philosophie de lui enseigner une sagesse pratique. La philosophie de ce temps n'est pas théorique : il faut d'abord trouver des réponses pratiques, des règles de conduite, et une sagesse pour la vie quotidienne. Ce qui compte, c'est l'organisation de l'existence. La philosophie vise alors l'utile dans le champ de la vie. Comment trouver le salut? Le stoïcisme, l'épicurisme, et le scepticisme, se proposent le même idéal : pour parvenir au bonheur, le sage de l'époque hellénistique décide d'acquérir l'indépendance de l'esprit. Dans le malheur de la réalité, dans ce monde où tout se désagrège, il doit être impassible, indifférent, imperturbable. Il ne pâtira de rien, nes'attachera à rien. Seule compte désormais la liberté de l'esprit. Le maître mot des philosophes hellénistiques, c'est l'ataraxie", i.e., l'absence de trouble et l'indifférence de l'esprit. Epicure souffrira sans se plaindre des atroces douleurs de ses calculs de la vessie, le sage Epictète se laissera briser les os sans murmurer, et le sceptique Pyrrhon supportera sans sourciller une cruelle opération. Tous trois recherchent l'équilibre d'une âme que rien ne peut troubler, et restent parfaitement sereins en toutes circonstances. Liberté et béatitude sont leur unique but. Bref : tous veulent bâtir, dans un temps agité, une citadelle abritée par la pensée.
B- Un exemple : le stoïcisme : le Manuel d'Epictète.
Historique rapide pour présenter le stoïcisme. Epictète : né en 50 et mort en 130; esclave affranchi. Le Manuel est publié par un de ses disciples, Arrien, à partir de notes de cours. Il concerne, pour l'essentiel, la morale. Les moralistes chrétiens le méditeront, tout comme Montaigne, Descartes, et Pascal. Le noyau de ce texte est l'indépendance de la pensée et l'idée que le travail sur les représentations commande toute la conduite de la vie bonne. L'ensemble représente 53 maximes, toutes fondées sur la dualité fondamentale des choses, celles qui sont de notre ressort, et celles qui ne le sont pas. Cette dualité fondamentale des choses est le point de départ même du Manuel :
il y a , dit-il, des choses qui dépendent de nous, et d'autres qui n'en dépendent pas : - croyances et désirs dépendent de nous - santé, richesses, honneurs, n'en dépendent pas Par conséquent, ce ne sont pas les choses (par exemple la mort) que nous craindrons, mais bel et bien les jugements défectueux qui sont nôtres. Le problème est d'annuler tout jugement ou représentation générateurs de trouble et d'inquiétude. La suite des maximes nous rappelle les thèmes célèbres du stoïcisme impérial : - savoir user des représentations (III) - se conformer à la nature (IV) - se rendre indifférent aux biens extérieurs (XI) - faire preuve d'une indifférence absolue à l'égard de l'opinion publique (XIII) - savoir rester à sa place (XV) - bien jouer son rôle (XVII) - penser toujours à la mort pour pulvériser nos désirs (XXI) - bien comprendre que le mal n'existe pas (XXXI) - saisir que la plaisir et la satisfaction du corps ne sauraient être des guides moraux (XXXVI) - suivre en tout la raison (XXXVIII) - rappeler que l'éthique couronne la physique (XLIX) Telles sont les maximes destinées à ceux qui veulent bien vivre. Le bon usage de nos représentations est donc la thérapeutique d'un moi fragile en quête de force.
C- La philosophie antique n'est donc pas une affaire de spécialistes et de professionnels Etre philosophe, c'est professer un mode de vie différent des autres hommes, après une conversion qui opère un changement radical de la vie. Ce qu'un philosophe recherche avant tout, c'est à améliorer son caractère. Ce n'est nullement un personnage qui écrit des livres de philosophie, mais a) qui mène une vie philosophique (cf. Manuel, 46). ainsi, des hommes d'Etat ont été philosophes, comme Marc Aurèle. Et b) qui exhorte à la conversion, puisqu'il dirige les nouveaux convertis, souvent des jeunes gens, dans les voies de la sagesse. (On dit qu'il est un "directeur spirituel"). S'il enseigne, cet enseignement n'est qu'un exercice intellectuel qui fait partie d'une méthode de formation qui s'adresse à l'âme toute entière (c'est le choix de vie qui détermine le discours). Par les exercices philosophiques, le philosophe développe sa force d'âme, et se transforme lui-même. Vivre de façon philosophique, c'est se tourner vers la vie intellectuelle et spirituelle, réaliser une conversion qui met en jeu toute l'âme, la vie morale. Ce genre de vie consiste à faire "plus de cas de la vertu que du plaisir, à renoncer aux plaisirs des sens, à observer aussi un certain régime alimentaire, à vivre chaque jour de manière à devenir le plus possible maître de soi". Il faut s'adonner à la méditation, en calmant désir et colère; savoir conserver son calme dans le malheur, sans se révolter, en utilisant pour cela des maximes capables de changer nos dispositions intérieures (par exemple, en pensant que cela ne sert à rien de s'indigner, aucune chose humaine ne méritant qu'on y attache de l'importance). Il s'agit donc bien de la conversion de l'intérêt et de l'attention vers quelque chose d'autre que ce qui accapare le souci et l'attention des autres hommes. Note : la distinction stoïcienne entre les choses qui dépendent de nous et celles qui n'en dépendent pas prend sens sur le fond du panthéisme stoïcien, qui concilie un matérialisme et un finalisme providentialiste. Les stoïciens croient à l'existence d'un Dieu qu'ils appellent le logos; c'est la raison au sens double de principe d'ordre unifiant l'univers, et de faculté de juger exprimant la participation de l'homme à la raison universelle. Les philosophes de l'époque hellénistique, s'ils étaient avant tout des sages, des sortes d'ascètes, écrivaient donc aussi sur le monde; à la base de leur mode de vie, il y avait toujours une éthique, une physique, et une logique. (Place de l'homme dans le monde, rapports avec autrui, etc.). aujourd'hui, il semble que la philosophie antique soit en pleine résurgence. Non seulement la philosophie au sens I est à la mode (cf. les cafés-philo) mais également la philosophie comme art de vivre. L'interprétation de ce phénomène la plus courante est que nous sommes, tout comme à l'époque hellénistique, en période de crise morale. Depuis la chute du communisme, nous n'avons plus de guides (ni religion, ni société idéale). La perte du sens fait que les hommes ont de nouveau besoin de quelque chose comme la philosophie (attention! ne pas confondre, comme on le fait souvent, avec les divers mouvements new-age : la philo, ne pas l'oublier, se veut rationnelle) cf. thèse de Luc Ferry : selon lui, la culture de nos sociétés fait appel à "une certaine philosophie afin de répondre à un besoin de sens, contemporain de la chute du communisme". Et, si cette demande s'adresse à la philosophie, c'est parce que, selon lui, après les grands systèmes, après les philosophies du soupçon (Nietzsche, Marx, Freud), la question du sens de la vie perdure. Ainsi, si la philo revient aujourd'hui sur le devant de la scène, c'est du fait que l'effondrement des idéologies a gommé nos références, nous laissant seuls face au religieux; la philo (qui ne connaît pas de sauveur suprême) offre donc un moyen précieux de donner sens à notre monde, ou, au moins, de poser correctement les grandes interrogations detout un chacun. On a un peu le même contexte qui a pu donner naissance aux philosophies hellénistiques : temps de crise, inquiétude diffuse qui empêche de construire l'avenir, auxquels la philo peut apporter des réponses).
Questions : 1) sur quoi s'interroge l'auteur ? que recherche-t-il ? 2) comment effectue-t-il cette recherche ? (méthode, outils, ...) Il procède à la façon des géomètres, par définitions, axiomes, démonstrations. Fait essentiellement usage de la raison, de la logique. 3) quelles sont les différences essentielles entre la métaphysique et la philosophie telle qu'elle est pratiquée chez Socrate ? Le dogmatisme ; il emploie tout un tas de termes techniques (substance, monade, etc.), qui a pu apparaître comme un jargon, ce qui renvoie à un savoir positif 4) à l'aide du texte suivant, et en faisant usage de votre propre réflexion, distinguez métaphysique et science
Objet du texte : Dalton reprend la vieille idée (qu'on trouve chez Leibniz mais aussi chez des philosophes de l'Antiquité) que les corps sont composés de petites particules invisibles, les atomes. Mais il lui donne un contenu plus précis et expérimental : il montre que les atomes possèdent un poids invariable pour chaque espèce de matière. La combinaison entre diverses espèces de matière résulte de la juxtaposition de leurs atomes. Cette juxtaposition n'est pas une simple addition, mais une combinaison dont Dalton donne les lois de composition. Dalton est parvenu à ce résultat à travers des travaux sur les mélanges gazeux. Il a forgé l'hypothèse, suite à ses expérimentations, selon laquelle il faut différencier les atomes les uns des autres par leur taille et par leur forme, mais aussi par leur poids. Le " poids relatif " d'un atome correspond à un caractère quantitatif, susceptible d'être mesuré, assigné à chaque élément chimique. La théorie atomique de Dalton, qui détermine le poids relatif de tous les atomes connus (le " poids atomique "), est considérée comme la base de la chimie quantitative. Distinction science et métaphysique : Leur différence réside essentiellement dans la manière d'arriver au résultat, de le prouver.C'est par le pouvoir de la seule raison que le philosophe/ métaphysicien prétend dire comment est le monde. Alors que le scientifique, lui, a toujours recours à l'expérience. Ses preuves ne sont pas de style strictement logique ou mathématique, mais expérimentales. Usage de la mesure, d'instruments.
B- La philosophie comme métaphysique : historique (Aristote) Bilan des textes étudiés : La métaphysique est un style de discours qui prétend dire comment est le monde véritablement, au-delà des apparences. Discours sur ce qui est au-delà du sensible; ou plus spécifiquement, discours sur l'âme, le monde, et Dieu. Système (discours prétendant englober la totalité de l'expérience) Historique : Servira à montrer que ce n'est nullement un " soudain tournant " pour la philosophie, au sens où elle renierait son origine et sa véritable définition. En effet, dès l'origine, i.e., avec Platon et même avec les présocratiques, la philosophie avait pour ambition de connaître la vérité, et avait un objet spécifique : l'Etre, la réalité au-delà des apparences. Ce n'est pas en désaccord avec la philosophie telle qu'elle était pratiquée par Socrate, parce que cette notion d'Etre était ce qui permettait de critiquer le relativisme des sophistes. (Cf. cours sur le relativisme dans dossier vérité) La philosophie, depuis Aristote (héritier de Platon) culmine avec la métaphysique :
Commentaire : -il s'agit d'une connaissance ayant un objet spécifique : l'être en général, non une partie de l'être. Par exemple, la biologie a pour objet le vivant, la physique le mouvement (plus spécifiquement, la matière en mouvement), etc. La philosophie, elle, a pour objet l'être en tant qu'être, ce qui fait que l'être est être. Il s'agit du principe de tout ce qui est. -comment le connaît-on ? Parfois, Aristote semble bien faire appel à une sorte d'intuition spécifique . Dernière question : Comment peut-on justifier la métaphysique, et même, rendre compte du fait qu'on a pu trouver, de cette manière, des " vérités " passées aujourd'hui dans la science ? Il faut alors que la raison soit bardée de principes qui lui permettent naturellement, sans avoir à consulter l'epxérience, la façon dont est constitué le monde. Cf. rationalisme de ces philosophes : la raison est source de toute connaissance. Pas besoin de l'expérience. L'hypothèse de l'harmonie préétablie (ne serait-ce pas une forme d'argument darwinien ?) C- La métaphysique, discours dépourvu de sens ? (Carnap) A cause de son présupposé vraiment contraire à manière de pensée scientifique, la métaphysique a été bien vite décriée. C'est souvent, précisons-le, à celle-ci qu'on s'oppose quand on critique la métaphysique comme jargon dépourvu de sens. Carnap, Le dépassement de la métaphysique par l'analyse logique du langage (1931) Objet de cet article : Carnap veut montrer que la métaphysique est dépourvue de sens ; très généralement, il s'agit bien évidemment de répondre à la question de savoir ce qu'est un discours sensé.
Il commence donc par répondre à cette question. Est-ce qu'avoir un sens et qu'est-ce que ne pas avoir de sens ? Réponse : -Au sens large, " dépourvu de sens " se dit :
au sens strict, est dépourvue de sens une suite de mots qui ne constitue pas un énoncé à l'intérieur d'une langue donnée ; on les appelle des " simili-énoncés " et il y en a deux sortes :
- Avoir un sens se repère à deux choses :
On voit bien que c'est la métaphysique qui est ici visée par Carnap. En effet, la métaphysique ayant pour objet ce qui se situe au-delà de l'expérience, elle ne peut donner de critère empirique précis, sinon, elle n'est plus métaphysique ! Mais Carnap va accentuer sa critique de la métaphysique en montrant que le philosophe viole la syntaxe logique de la langue, sans que l'on puisse sen rendre compte (car la syntaxe grammaticale ne l'est pas).
Pour bien montrer que la métaphysique est dépourvue de sens, i.e., liée à un mauvais usage du langage, il prend un texte de Heidegger, philosophe allemand du XXe, qui a écrit Etre et Temps :
Voici comment Carnap montre que les énoncés métaphysiques de ce texte sont dépourvus de sens :
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